《魯迅和他的摯友瞿秋白的婦孺觀》

游顺钊 —— 2015年三月七日

魯迅 (1881-1936) 是很多人公认的中国二十世纪的最重要、最有影响力的作家。他姓周,名樹人。魯迅是他的笔名,而魯字是怀念他的母亲魯瑞。他有两个弟弟,在他们的专业里都有特殊的成就。作人是著名的散文家,建人是生物学家和社会活动家。

鲁迅虽然有强烈的反叛的性格,可是他很尊重他母亲,甚至当在日本求学时,他母亲为她安排跟一个从来没见过面的、没有知识的,而且是裹了小脚的女子结婚,他也没公开反对,作了个表面的妥协,回国和朱安完了婚,就匆匆返回日本去了。他虽然对朱安没有感情,可是他一直让她和母亲一起住,由他负责供养而毫无怨言,除了一两位挚友外,也不愿意向他人提及。他忠于他的悲壮的呐喊,“背着因袭的重担,肩住了黑暗的闸门”。

他既尊重老一辈,也同时爱护下一代。他在 1919年发表的《我们现在怎样做父亲》是我所知道的中国第一篇重视代沟宣言,和提出如何避免这个代与代的隔阂。他说:“对于子女,义务思想须加多,而权利思想却大可切实核减,以准备改作幼者本位的道德。”而刚才那两句话“背着因袭的重担,肩住了黑暗的闸门”也是出自这篇文章。约在一年半前,在他的成名作《狂人日记》,已呼吁“救救孩子”。

虽然他从事创作只七、八年(1918-1925),却给我们留下好几篇关于妇女命运的动人的短篇小说,像《离婚》、《伤逝》、《祝福》、《药》等等。也是在这个时期(1923)他谈到挪威剧作家易卜生的一个女角为自由而出走。可是鲁迅的看法是较悲观,也可以说很现实。在对北京女子高等师范学校的讲稿《娜拉走后怎样》,认为娜拉的出走后的结果,不是堕落,就是回来。

然而鲁迅对一些年轻的女学生对社会的不合理的抗争,表示无限的同情和支持,例如当他的学生劉和珍因抗议军阀独裁被杀,他写了一篇动人文章纪念她。对她的牺牲和对另外一个事件牺牲的青年柔石,感到同样的悲伤。

今天还要介绍的另外一个人物是瞿秋白 (1899-1935) 。在中国近代史里,他主要是个政治家,曾是中共的领导人,很有才华。他给杀害是才 36岁,却留下了几百万字的文集。鲁迅对他是非常欣赏的,这可以他们的交情看到。鲁迅是牺牲前的两三年才认识他的,而且交往的次数也不多,可是鲁迅把已他当为人生难得的朋友,手书了清人的诗句“人生的一知己足矣”给这位多才多艺的新朋留念。这时鲁迅已病重,但他把剩下的宝贵的几个月的时间,全化在编辑这为认识没多久的亡友遗文。我是读了瞿秋白的临刑前写的《多余的话》开始认识这位悲剧性的人物。我不知读了多少次,可是,每次,我都有稍为不同的感受。我对他是从同情到了解,再进而对他的敬佩。1985年我专程到他的故乡常州去采访他的童年朋友羊牧之老先生,是年已 88岁了,并参观了刚开幕的《瞿秋白纪念馆》。回来后,我曾在巴黎社科院作了一次关于他的讲演,今天在座的,可能有两三位曾听过。时间的限制,我这里只能就讲题略谈一下他对妻子和女儿的感情。

他结过两次婚,第一次是和王剑虹,丁玲介绍的。可惜七个月后就病死了。病重时,秋白在广州开会,丁玲似乎怪他无情,但我觉得这正是秋白悲剧一生的一部分。第二位夫人是杨之华。曾有人问杨之华,为何瞿秋白牺牲后不再婚,她这样回答:“再没有人比秋白对我更好了。” 瞿秋白沒有兒女,瞿独伊是跟之华来的。瞿独伊回忆说:“父亲话不多,很温和。母亲不让我简单地叫他‘爸爸’,而一定叫我喊他‘好爸爸’。我就一直这样称呼父亲。”
秋白跟鲁迅,都好像是不想要孩子,这大概认为社会上有那么多没人好好地照顾地孩子了。这可让我想起我的一位法国故友,亨利医生说了同样意思的话。

 

L’attitude de Lu Xun et de son ami Qu Qiubai à l’égard des femmes et des enfants

Yau Shun-chiu
7 mars 2015

Lu Xun (1881-1936) est considéré par beaucoup comme le plus grand écrivain chinois du XXe siècle, et le plus influent. Lu Xun est un nom de plume, il s’appelait en réalité Zhou Shuren et le Lu de Lu Xun était le nom de famille de sa mère. Il était l’aîné de trois garçons, et ses deux frères ont aussi été des hommes illustres, chacun dans son domaine, l’un, Zhou Zuoren, comme essayiste et traducteur, l’autre, Zhou Jianren, comme biologiste et plus tard gouverneur de leur province natale, le Zhejiang.

Bien qu’il eût par ailleurs un caractère affirmé, Lu Xun se soumit à l’autorité de sa mère qu’il respectait beaucoup (le père était décédé quand Lu Xun avait 15 ans). Lorsqu’elle le fit revenir du Japon où il étudiait pour lui faire faire un mariage arrangé avec une malheureuse jeune fille illettrée, aux pieds bandés et sans attrait, il obéit, se plia aux rites du mariage, et repartit aussitôt au Japon. (Sans avoir consommé le mariage). Malgré son absence de sentiment pour sa femme, il assura son entretien, auprès de sa mère, jusqu’à la fin de ses jours (même après avoir refait sa vie ailleurs) et il ne parla jamais de sa situation matrimoniale, sauf à quelques intimes. Il resta fidèle à ce cri tragique (exprimé dans un de ses articles) : « Je porte sur mon dos le lourd fardeau de la tradition et sur mes épaules les portes de l’obscurité. »

S’il respectait les anciens, Lu Xun aimait aussi la jeunesse. Ainsi, en 1919, il écrivit un article intitulé « Comment nous acquitter aujourd’hui de la tâche de père » qui est le premier, à la connaissance de Yau, à mentionner le conflit des générations et à proposer des solutions pour éviter ce conflit. Il écrit : « Vis-à-vis des enfants, garçons et filles, il faut augmenter de beaucoup notre sentiment de responsabilité, et réduire autant que possible le sentiment de nos droits, pour préparer une morale qui place les jeunes au centre, qui fasse d’eux le point de référence ». La phrase citée précédemment « porter sur son dos le lourd fardeau de la tradition et sur ses épaules les portes de l’obscurité » (sous-entendu : pour permettre aux jeunes de vivre dans la lumière) est aussi tirée de cet essai. Un an et demi plus tôt, Lu Xun avait terminé sa nouvelle Le Journal d’un fou par le cri de « Sauvons les enfants ! »

Bien qu’il n’ait écrit des œuvres de fiction que pendant une courte période de sa vie, pendant sept ou huit ans seulement, entre 1918 et 1925, Lu Xun en consacra plusieurs à la condition féminine, comme les nouvelles Le divorce, Regret du passé, Le sacrifice du Nouvel An ou Le remède (toutes traduites en français). Il écrivit aussi de nombreux articles sur ce sujet, en particulier son célèbre « Qu’est-il advenu de Nora après son départ ? » (1923). Dans cet article, tiré d’une conférence à l’école normale de jeunes filles de Pékin, il reprend le scénario de la pièce d’Ibsen Maison de poupée, qui se termine quand l’héroïne, Nora, quitte son mari pour commencer une vie nouvelle, et se demande ce qui se passe ensuite. Où peut bien aller Nora et comment va-t-elle vivre, elle qui n’a jamais été préparée à un autre destin que celui de femme au foyer? Lu Xun n’est pas optimiste à son sujet, vu que, comme il l’écrit « l’être humain a un grand défaut : il a souvent faim ». Faute de capacité de gagner sa vie, Nora n’a le choix qu’entre deux voies, dit-il, la déchéance (dans la prostitution) ou le retour (piteux) à la maison. Il faut être en mesure de subvenir à ses besoins pour pouvoir envisager une vie nouvelle.

Malgré son pessimisme, Lu Xun soutint et encouragea la lutte de ses étudiantes contre les carences de la société traditionnelle. Lorsqu’en mars 1926 l’une d’elles, Liu Hezhen, fut tuée par la police des seigneurs de la guerre lors de la répression d’une manifestation contre l’intervention des puissances étrangères en Chine, il écrivit un article très émouvant à sa mémoire. Il exprima autant de tristesse pour sa mort que pour l’exécution par le Guomindang d’un de ses anciens élèves et ami, membre du parti communiste, Rou Shi (1901-1931).

Yau voudrait encore parler aujourd’hui d’une autre personnalité, à savoir Qu Qiubai (1899-1935) qui fut secrétaire général du parti communiste à la fin des années 20 et l’un des auteurs des paroles chinoises de L’Internationale. A sa mort en 1935, exécuté par le Guomindang à l’âge de 36 ans, il laissa des manuscrits comportant plusieurs millions de caractères. Lu Xun avait énormément d’estime pour lui. Bien qu’ils ne se soient connus que pendant les 2 ou 3 dernières années de leurs vies, et qu’ils n’aient pas eu beaucoup d’occasions de se rencontrer, parce que Qu Qiubai était recherché par la police et devait se cacher, Lu Xun le considérait comme un ami hors pair, au point qu’il lui avait calligraphié un vers d’un poète des Qing disant : « Avoir un seul ami intime, c’est assez pour une vie ». La preuve de l’estime dans laquelle Lu Xun tenait Qu Qiubai est qu’il consacra les derniers mois de sa vie et ses dernières forces, alors qu’il était déjà très malade, à éditer ses manuscrits (du moins une partie d’entre eux) et à les faire publier.
Yau dit que c’est en lisant le testament de Qu Qiubai, Paroles superflues, qu’il a vraiment découvert ce personnage tragique. Il l’a relu peut-être une dizaine de fois, et à chaque fois il en a retiré un sentiment différent, allant de la sympathie à la compréhension, pour finir par l’admiration.
En 1985, il a eu l’occasion de se rendre à Changzhou, la ville natale de Qu Qiubai dans la province du Jiangsu. Il y a rencontré son ami d’enfance Yang Muzhi qui avait alors 88 ans, et a visité le musée Qu Qiubai qui venait de s’ouvrir. Plus tard, il a donné une conférence sur lui à l’EHESS. Peut-être que certains d’entre vous y ont assisté et s’en souviennent.
Puisque son temps d’intervention est limité, Yau va se contenter de vous dire encore quelques mots sur les femmes (successives) et la fille de Qu Qiubai.

Qu Qiubai a été marié deux fois : la première fois avec Wang Jianhong, une amie très chère de l’écrivain Ding Ling. Elle mourut malheureusement de tuberculose en 1924, sept mois seulement après leur mariage. Pendant son agonie, Qu Qiubai se trouvait à une réunion politique à Canton et il n’est pas rentré pour la voir. Ding Ling lui en a beaucoup voulu et a dit qu’il était sans cœur. Yau pense, lui, que cet épisode n’est qu’un des nombreux drames de la vie de Qu Qiubai, qui se remaria la même année avec Yang Zhihua (1900-1973), une militante communiste, divorcée et mère d’une petite fille, qu’il adopta. Quand on demanda à Yang Zhihua pourquoi elle ne s’était pas remariée après l’exécution de son mari (elle lui survécut près de 40 ans), elle répondit : « Aucun autre homme n’aurait pu être aussi bon envers moi que Qu Qiubai ».
Qu Qiubai n’a pas eu d’enfant lui-même, mais il a élevé la fille de Yang Zhihua et lui a donné son nom. Celle-ci, Qu Duyi, raconte dans ses souvenirs : « Mon père ne parlait pas beaucoup, mais il était très tendre. Ma mère ne voulait pas que je l’appelle simplement « Papa », mais « Bon papa ». Et je l’ai toujours appelé ainsi. »

Yau émet l’hypothèse que peut-être Qu Qiubai et Lu Xun ne voulaient pas d’enfant et qu’ils pensaient, comme feu son ami le Dr Charles Henry, qu’il y a dans le monde bien assez d’enfants dont personne ne s’occupe. (On n’en a pas la preuve concernant Qu Qiubai. Quant à Lu Xun qui a finalement trouvé une compagne de vie en la personne de son ancienne élève, Xu Guangping, il est vrai qu’il ne voulait pas d’enfant au départ, mais quand elle lui a donné un fils, il en a été très heureux.)

Traduction adaptée de Geneviève Barman

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